Journée internationale des droits des femmes : le 8 mars 2012

Photo-Madeleine-Mayer-Collaboratrice

Journée de la femme

Le 8 mars 2012 

« La femme est l’avenir de l’homme », Aragon.

Que dire qui n’ait déjà été dit sur cette journée internationale de la femme?

Ce continent noir que contourne et ignore malhabilement Sigmund Freud, homme de son temps, mais qui s’est dupliqué à l’infini. La preuve : les insanités sordides, les clichés éculés et les traits d’humour grossiers répertoriés sur le Web. Je ne vous livre pas les hyperliens, car je ne veux en aucune façon porter la responsabilité de leur plus large diffusion. N’êtes-vous pas des internautes? Vous touchez du bout des doigts les outils techniques pour y accéder. N’êtes-vous pas des internautes avertis? Trouvez dans votre néocortex les outils critiques pour les éviter.

Ce continent noir s’est révélé, au cours du XXe siècle, terre et mer (mère) aux confins infinis grâce à l’ouverture de femmes et d’hommes curieux, soucieux de circonscrire avec justesse, malgré sa mouvance, le concept explosif « d’égalité ». Et ils nous ont invités à explorer, avec moult nuances et précisions, du moins les plus honnêtes, les plus rigoureux, les plus brillants d’entre eux, les avenues multifactorielles de nos différences. Que ce soit par le biais de nos hémisphères qui, tantôt soliloquent chez les hommes, qui, tantôt ouvrent les vannes d’une logorrhée dialogique chez les femmes; que ce soit par les marées montantes et descendantes de nos flots hormonaux (oui, les humeurs des hommes participent des hormones même s’ils en nient haut et fort les marées); que ce soit par l’inventive recette culturelle de ces ingrédients servis à toutes les sauces dans nos réalités quotidiennes. Mais je m’éloigne de celle à qui l’hommage aujourd’hui est rendu en soulignant les éventuelles aspérités de notre inévitable et désirable rencontre.

Revenons donc à mes « moutonnes » et à notre pré de rassemblement : l’informatique. Je tente de glaner des éléments sérieux de réflexion sur leur face-à-face intime dans les recherches bien « documentées ». Vous savez cette injonction de la rectitude politique qui nous incite fortement à ne plus discuter, car, sources à l’appui, on nous signifie la seule voie de la vérité? La prochaine fois que l’on vous servira cette assertion, exigez les sources : vous serez surpris, très souvent, du silence qui suit. Le résultat, donc de mes recherches fera l’objet d’une réflexion bien « documentée ». Je vous livrerai mes sources, promis, dans un avenir prochain. Pour le moment, mes observations empiriques me conduisent tête baissée dans le préjugé concernant la femme et cette machine infernale, j’ai nommé : l’ordinateur. Les questions nombreuses, posées en majorité par les femmes lors des séances auxquelles j’assiste, portent essentiellement sur l’aspect utilitariste de l’objet. Comment puis-je faire ceci ou cela? L’arrière-boutique ne soulève pas de grandes passions. Une boîte de dialogue non familière apparaît? Elle devient aussitôt une menace. Que répondre à ce que je n’ai même pas désiré que l’on me demande? S’insinue cette paranoïa à fleur de peau : et si tout sautait? J’ai partagé, à plus d’une reprise, cette angoisse existentielle à mon patient et conciliant et tolérant dépanneur de service, Réjean, et je l’ai entendu à voix haute lors d’un atelier et je ne vous préciserai pas le sexe de la voix. Je me suis même entendue agresser, je l’avoue, un saint homme, responsable de l’atelier auquel j’assiste. « Monsieur Charest, comment se fait-il que mon clavier ait un comportement erratique? » Et avant même qu’il ait pu penser me répondre, j’ajoutai d’un ton qui ne tolère aucune réplique : « Et je sais que cela arrive à des hommes et non, je n’ai touché à aucune touche de ce clavier hystérique. » Avec lequel, à m’entendre, on aurait pu croire aisément que j’étais en symbiose étroite. Mais on le sait et c’est bien « documenté », les hommes sont gauches. De l’hémisphère, bien entendu. Alors, ils abordent cette machine infernale avec le calme et la distance nécessaires pour dompter la bête.

Tout à fait consciente que ce petit détour alimente ce que je dénonçais dès le départ, mais honnêteté intellectuelle oblige. Heureusement, ces préjugés, quelques fois vérifiés, ne freinent pas les 286 femmes du club (sur un total de 526 membres, en date du 2 mars 2012) d’affronter avec, parfois, crainte et tremblement et toujours avec curiosité et plaisir ce nouveau continent noir qui perd peu à peu ses mystères pour présenter des avenues d’épanouissement et de réalisation de projets. Ces préjugés ne freinent pas les quatre femmes (sur un total de 12) œuvrant au comité de direction. Ces préjugés ne freinent pas les 25 femmes (sur un total de 58) qui ont rejoint les rangs des bénévoles, offrant généreusement leurs compétences. Et je ne saurais aujourd’hui passer sous silence, la plus brave d’entre elles, HUGUETTE TURGEON, qui se démène au dépannage technique. Vous lisez bien : TECHNIQUE. Mon héroïne, aujourd’hui. Aucune des avenues explorées par les femmes n’a été offerte en cadeau. Elles les ont conquises dans l’adversité d’une culture trop souvent hostile et, parfois, la résistance est venue de notre propre peur, générée et entretenue par cette même culture.

Que dire qui n’ait déjà été dit sur cette Journée internationale de la femme? J’ajouterais cette citation d’André Comte-Sponville, extraite de son dernier ouvrage, Le sexe ni la mort (p. 55) : « Que saurions-nous de l’amour sans les femmes? […] Dire que l’amour est une invention des femmes, ou en faire l’hypothèse, ce n’est pas prétendre que l’amour n’existe pas, ni que les hommes en sont incapables. C’est reconnaître au contraire qu’il existe, y compris pour les hommes (au reste, l’expérience le montre assez), mais suggérer qu’il n’aurait peut-être jamais existé, en tout cas sous les formes que nous lui connaissons, si la partie féminine de l’humanité n’avait entrepris, au fil des millénaires, de le faire advenir. »

Madeleine Mayer