Le béné-volontariat et la retraite – mouvement 4

Photo-Madeleine-Mayer-Collaboratrice

RÉFLEXIONS

Dans les trois mouvements précédents, Madeleine Mayer nous a parlé de l’INJONCTION SOCIALE, du TEMPS et du BÉNÉ-VOLONTARIAT. Dans le quatrième et dernier mouvement, Madeleine nous parle de sa « rencontre » avec le Club informatique Mont-Bruno et de ses réactions.

Quatrième et dernier mouvement : LE CIMBCC

Et puis, il y a ce club, le CIMBCC, où nous sommes nombreux, plusieurs mois après notre adhésion, à être encore sous le choc! Car nous y côtoyons des mutants et des mutantes qui prennent un peu trop de plaisir à consacrer des heures et des heures (entre quelques-unes et 60 heures par semaine) à la « cause ». Une véritable PME sans but lucratif certes, mais le plaisir à une certaine intensité devient presque louche, du moins, risque de provoquer l’envie. Aucune rémunération d’aucune sorte, même la carte de membre n’est pas offerte aux supermen du béné-volontariat. Il y a bien un brunch et un souper annuels offerts aux bénévoles, mais l’énergie dépensée ne vaut pas vraiment les calories gagnées. Cependant, ce qui est difficilement mesurable, c’est la socialité joyeuse et débordante de telles rencontres. J’ai peine à départager la motivation intrinsèque de se trouver enfin un groupe d’appartenance (et de nombreux amis) et les retombées-bénéfices qui découlent, en prime, de l’engagement.

J’ai l’occasion d’échanger avec d’autres membres du club et je réalise que je ne suis pas la seule à m’étonner de ce que l’offre dépasse de loin ma demande, créant d’autant le besoin et m’offrant, par surcroît, un univers qui ne m’avait pas vraiment attirée jusqu’à aujourd’hui. J’avais identifié ce dont j’avais besoin et cela me suffisait, mais je me sens tout à coup comme une vraie femme allant fureter dans les boutiques pour voir si elle a quelques besoins qu’elle ignore. Voilà que mon horizon s’élargit et mon esprit d’autant! Et surgit soudain ce désir irrésistible d’une véritable éthique de réciprocité : j’ai payé ma cotisation et je range ma chaise à la fin de la session Facile, facile! Mais pourtant me revient sans cesse ce besoin d’offrir un « plus » en retour de ce que je reçois si généreusement et de façon si désintéressée (en fait, non, pas si désintéressée que cela, car l’intérêt manifesté par le présentateur ou le réparateur [entre autres] frôle parfois [souvent] l’indécence). Mais serais-je donc piégée par l’injonction si vertement dénoncée? « Tu dois rendre au club ce qu’il t’offre! » Non, aucune crainte! D’abord parce que cette injonction n’existe pas dans ce club, et puis, que l’effet d’entraînement suscité par l’enthousiasme passionné des bénévoles éveille en moi une motivation intrinsèque bien personnelle, donc légitime. Et c’est la seule source véritablement productive d’un engagement volontaire : « là » et uniquement « là » où nous avons le goût, le désir, le potentiel, les compétences, la disponibilité, la passion d’offrir. Et il ne revient qu’à chacun d’entre nous d’être à l’affût de l’écho qui devient vite l’appel irrésistible. Et ce n’est pas nécessairement au club. Et ce n’est pas obligatoire non plus que nous nous engagions quelque part. Pas d’injonction qui tienne autre que celle de penser par soi-même son engagement ou son non-engagement. Et il nous arrive aussi de frapper à la mauvaise porte : les attentes sont déçues ou nous sommes mal reçus. J’ai eu une très mauvaise expérience dans un lieu où il y avait deux classes de travailleurs : les salariés et les « mes bénévoles », dit d’un ton condescendant de propriétaire terrien. Une seule chose à faire : s’enfuir à toute vitesse. Ce que, vous vous en doutez bien, j’ai fait.

J’aimerais terminer ma réflexion sur quelques questions que vous prendrez peut-être plaisir à explorer. Le bénévolat a-t-il un sexe? Une recherche non exhaustive m’informe que les femmes, toutes catégories confondues (et les retraités) sont en plus grand nombre dans les rangs des « engagés ». L’ESPACE/TEMPS serait-il alors à l’origine de cette statistique? J‘en doute, car les femmes sont sur le marché du travail, donc de l’horaire surchargé et, en fait, du triple horaire : celui à l’extérieur, celui à l’intérieur et celui du taxi. Et je ne prends pas la peine de préciser que nombreux sont les hommes/pères qui sont aussi essoufflés, car nous le savons tous et nous savons aussi que ce sont encore les mères qui assument la plus grande part de ce « travail » familial. Le gène du « souci de l’autre » serait-il en cause? Mais je suis gênée de m’aventurer sur ce champ de mines de l’inné et de l’acquis, alors je suis fort aise d’arriver à la fin de cet article et de vous laisser faire vos propres recherches. Mais j’ajouterais une sous-question : pourquoi sont-ce les hommes qui consacrent le plus grand nombre d’heures à leur engagement volontaire? Certains font leur semaine de 40 heures, d’autres s’en offrent une de 60. Suspect! Trop passionnés? Trop conditionnés à un horaire surchargé? Trop généreux? Mais il y aurait là une mutation génétique… Trop d’énergie et de passion? Pourquoi les femmes médecins de plus en plus nombreuses sur le marché du travail refusent-elles de se laisser submerger par la tradition? Elles coupent les heures, osent enfanter et prennent le temps et le plaisir de materner de longs mois. Les femmes retraitées auraient-elles un éventail d’intérêt qui les amènerait à rendre « raisonnable » leur engagement volontaire?

Bon, j’arrête ici, car je suis étourdie par vos protestations, vos commentaires, vos hauts cris et vos éloges… Voyez-vous maintenant l’intérêt d’un blogue interactif? Vous seriez déjà à vos claviers si notre CHIP – BLOGUE était en service et vous tenteriez de calmer vos ardeurs. Et, moi, je ne sais pourquoi, je ressens la nécessité d’une personne modératrice des commentaires.

J’ai, je l’avoue, pris beaucoup trop de plaisir à écrire cet article et j’y ai consacré très peu de temps, car j’ai le clavier hyperactif. Altruiste, je vous l’offre, car je me suis portée volontaire en toute bonne volonté et la motivation intrinsèque m’a suffi amplement.