Le rêve d’André : quand la communauté transcende le bénévolat – avril 2012

Avant-propos de l’éditeur

Madeleine Mayer a rédigé l’article qui suit après avoir lu l’Éditorial de février dernier d’André Charest. Il y dévoilait son rêve d’une petite communauté de membres du club œuvrant à la production du CHIP et au maintien du site. Son rêve est toujours en plan, faute d’un nombre suffisant de volontaires.

Cet éditorial a cependant inspiré Madeleine Mayer qui nous livre ce nouvel article qui se veut une suite logique à ses quatre mouvements sur le béné-volontariat et la retraite tout en ajoutant une dimension éthique élargie à sa vision du bénévolat.

Photo-Madeleine-Mayer-Collaboratrice

RÉFLEXIONS

Le rêve d’André : quand la communauté transcende le bénévolat

En février, l’Éditorial d’André Charest nous livrait en toute intimité, en toute impunité les méandres de son inconscient : son rêve d’une communauté de membres du club. Vaine chimère ou bouteille à la mer? La vague déferlante l’a rejetée sur mes sables mouvants alors que je mettais le point jamais final à mes divagations sur le béné-volontariat. Individualiste invétérée, une perspective nouvelle, dont je n’aurais su être l’auteure, me défiait. Et pourtant, le charme a opéré, car aussitôt lu aussitôt mue par cette avenue inspirante.

Le concept de communauté suggère un heureux élargissement du concept galvaudé de bénévolat, déjà malmené par les détours tortueux de ma réflexion. Mon intention égotiste proposait, de prime abord, de partir de soi, de ses curiosités et de ses compétences, d’agir, puis de revenir à soi par le contentement ressenti, quasi narcissique, du geste offert. L’article d’André Charest nous invite à sortir de cette perspective étroite d’association de personnes de bonne volonté certes, autonomes, j’en conviens, qui empruntent la voie royale du collectif pour réaliser leurs objectifs individuels. Ensemble, c’est plus, assurément, mais « ensemble, c’est tout » ne suffit plus si le principe humaniste propre au sens même de la communauté nous anime.

La communauté permet l’émergence d’une solidarité, d’un sentiment d’appartenance et d’un engagement authentique. La reddition des comptes, devant soi et non plus qu’à soi, et l’imputabilité n’alourdissent pas, bien au contraire. Elles stimulent les idées nouvelles, multiplient les élans imaginatifs, créent sens à nos vies. L’île solipsiste rejoint l’archipel. Intégrer une communauté, c’est consentir à construire un milieu de vie sans contrainte autre que celles élaborées par chacun de ses membres et en collégialité. Un lieu professionnel et personnel défini par des valeurs communes qui portent un idéal de vie exigeant. Oser développer et comparer son identité dans l’échange avec l’autre qui devient un partenaire signifiant.

Les descriptions de tâches inscrites dans l’éditorial délimitent, à titre indicatif, le cadre formel nécessaire à la réalisation d’un CHIP électronique. Mais l’appel transcende le besoin circonscrit de bénévoles spécifiques en partageant généreusement un rêve qui ne relève pas du fantasme ou d’un idéal désincarné. Il exprime plutôt le choix d’un style de vie librement consenti qui associe les conditions de sa réussite : la passion, le plaisir, la fierté, la créativité. La réalisation du rêve d’André ne tient qu’à l’amalgame de nos rêves réunis. Y a-t-il des rêveurs devant l’écran?

Le concept de communauté nous sort de l’intention noble, mais peu génératrice de sens, de l’utilitarisme lié à la nature du club. Il oblige l’éclatement des frontières et sa finalité n’aspire pas à révolutionner le club où se réorganiseraient une structure et ses éléments. Non. André Charest ne parle-t-il pas d’évolution? Et la particularité de celle-ci incite à explorer des voies nouvelles qu’il nous incombe d’abord d’inventer. Oserais-je l’écrire? « Offrir plus et autrement. » Un changement de paradigme? Un déridage pour le club, à l’aube de ses 30 ans. « Plus », parce que lié à l’inspiration de chacun des membres de la communauté. « Autrement », car le chemin se parcourt à rebours. Je ne cherche pas d’abord s’il existe réponse à mon besoin, je crée la solution en offrant et cherchant aux alentours l’aide et les aidants nécessaires pour y parvenir. Être l’auteur de sa propre satisfaction dans un rapport de réciprocité. Et la naissance d’une communauté advient.

Le rêve d’André m’a désigné la porte et j’ose l’ouvrir toute grande, jeune recrue (vous comprendrez que le qualificatif « jeune » ne s’applique qu’à recrue) du club qui n’a d’autre prétention que d’inventer son terrain de jeux. J’aime les mots et leurs châteaux de sable éphémères. Le CHIP nouveau, sur un plateau d’argent, me présente une latitude dont les frontières seront cartographiées par les membres de « ma » communauté.