Analyse d’une réponse de l’intelligence artificielle

Michel Gagné

Lors d’une promenade dans la Réserve naturelle Gault au mont Saint-Hilaire, mon fils Jean-François a remarqué deux arbres à la forme inhabituelle : un tronc fortement arqué, surmonté d’une tige verticale poussant à l’extrémité du tronc arqué.

Intrigué, il a soumis une photo des deux arbres (voir ci-dessous) à Gemini, l’intelligence artificielle de Google, en lui demandant : Qu’est-il arrivé aux arbres courbés dans cette photo ?

Réserve naturelle Gault, Mont-Saint-Hilaire, Québec

La première réponse de Gemini était générale et ne satisfaisait pas Jean-François. Il a donc précisé sa demande en disant que la photo avait été prise dans la réserve naturelle Gault au mont Saint-Hilaire.

La réponse finale de Gemini vous surprendra et vous rappellera des souvenirs !

La réponse de Gemini

Voici la réponse finale de Gemini après la précision sur l’endroit où la photo avait été prise :

La silhouette particulière de ces arbres est le résultat direct de la grande crise du verglas de janvier 1998.

Le mont Saint-Hilaire et la région de la Montérégie se trouvaient alors au cœur du « Triangle de glace », subissant près de 100 mm de pluie verglaçante. La forêt de la Réserve naturelle Gault, laissée à son état sauvage pour la recherche scientifique, conserve partout de précieux témoins de l’histoire climatique du Québec.

Voici les étapes biologiques qui ont sculpté ces troncs en forme de
« baïonnette » :

  • L’affaissement sous la glace (1998) : à cette époque, ces feuillus étaient de jeunes arbres fins et flexibles. Sous le poids phénoménal du verglas accumulé sur la cime, les troncs se sont courbés vers le sol sans se rompre, restant prisonniers de la glace pendant plusieurs jours.
  • La déformation permanente : une fois la tempête passée et la glace fondue, les fibres du bois avaient été pliées si longtemps que le tronc est resté définitivement arqué, incapable de se redresser complètement.
  • La quête de lumière (phototropisme) : pour survivre, la tête de l’arbre ou une nouvelle branche latérale a radicalement changé de direction. Elle a commencé à pousser à la verticale, perpendiculairement au tronc incliné, afin d’aller chercher les rayons du soleil à travers la canopée.
  • Le résultat 28 ans plus tard : ce que vous voyez aujourd’hui est le produit de près de trois décennies de croissance. La section oblique montre la position dans laquelle l’arbre a été plié en 1998, tandis que la section supérieure droite et verticale témoigne de la reprise de sa croissance vers le ciel.

Le mont Saint-Hilaire abrite l’une des dernières forêts anciennes de la vallée du Saint-Laurent, ce qui en fait un laboratoire unique pour observer la résilience de la nature face à de tels cataclysmes.

Hallucination ou explication fiable ?

Lorsqu’on utilise l’intelligence artificielle (IA), il faut se méfier de deux dangers :

  • les hallucinations, lorsque l’IA invente une réponse faute d’information ;
  • les sources inadéquates, lorsque l’IA s’appuie sur une source incomplète ou erronée.

Dans ce cas-ci, Gemini affirme avoir utilisé comme source un site de l’Université McGill. Comme cette institution est reconnue mondialement pour la qualité de sa recherche et de son enseignement, il est raisonnable de considérer cette source comme fiable.

Le dialogue avec l’intelligence artificielle

Notez que Jean-François a obtenu une réponse satisfaisante après avoir relancé Gemini à la suite de sa première réponse. Il ne faut pas hésiter à dialoguer avec l’intelligence artificielle :

  • en fournissant des informations supplémentaires ;
  • en indiquant ce qu’on trouve imprécis ou surprenant dans une réponse ;
  • en demandant ses sources à l’intelligence artificielle.

Le dialogue avec l’intelligence artificielle est un bon moyen d’éviter les hallucinations ou les sources inadéquates.

La complexité du travail de l’intelligence artificielle

Gemini a dû faire un travail étonnamment complexe pour répondre à la question de Jean-François. Voici quelques pistes pour comprendre la complexité du travail réalisé :

  • Gemini a dû comprendre la question de Jean-François. En particulier, il a dû comprendre que Jean-François s’intéresse à deux arbres courbés.
  • Après avoir lu la question, Gemini a analysé la photo et a repéré les deux arbres courbés.
  • Ensuite, il a dû comprendre ce qui est inhabituel avec ces arbres : les branches verticales sur les troncs courbés.
  • Il a ensuite trouvé une source qui explique ce phénomène.
  • Il a consulté non seulement des sources en français, mais aussi des références dans d’autres langues; la meilleure source qu’il a trouvée était en anglais.
  • Il a finalement traduit en français le texte de cette source et a composé une réponse pour Jean-François.

Notez que les étapes précédentes sont très anthropomorphiques, c’est-à-dire qu’elles décrivent la façon qu’utiliserait un humain pour répondre à la question. Une intelligence artificielle ne procède pas exactement de cette façon. Toutefois, les étapes précédentes illustrent bien la complexité à travers laquelle l’intelligence artificielle a dû naviguer pour répondre à Jean-François.

Conclusions

Dans ce cas précis, Gemini n’a pas halluciné : l’explication fournie correspond à ce qu’un biologiste aurait dit, et s’appuie sur une source crédible.

Cet exemple montre la puissance de l’intelligence artificielle lorsqu’elle est bien utilisée. Si nous savons formuler nos questions avec précision et si nous savons dialoguer avec l’intelligence artificielle, celle-ci nous permet d’accéder à tout le savoir disponible, provenant d’experts de tous les domaines.

Apprendre à utiliser cet outil en vaut réellement la peine !

Michel Gagné

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