
À l’approche de la journée de la femme, je vous propose un premier article sur les grandes dames de l’informatique.
Personnellement, je ne crois pas que nous devrions célébrer le 8 mars comme journée de la femme. Je crois que nous devrions prendre cette journée tout simplement pour un repos, sans plus. Ça y est, je vous vois déjà sourciller, mesdames. Vous vous demandez sûrement, « mais que nous raconte-t-il là ? »
En fait, je crois que nous devrions vous célébrer les 364 autres journées et prendre le 8 mars comme journée de pause et de réflexion sur nous-mêmes, car vous méritez d’être célébrées à l’année. Ah, avouez que je vous ai bien eue !
Mais, revenons à notre grande dame de l’heure, Ada Lovelace, de son nom complet Augusta Ada King, comtesse de Lovelace.
Qui est Ada Lovelace ?
Née à Londres, le 10 décembre 1815, fille du poète George Gordon Byron et de la philanthrope abolitionniste Anne Isabella Milbanke Noel, Ada est une fille brillante et cultivée. Sa mère, Anne Isabelle, était férue de mathématique. Celle-ci a favorisé cette étude approfondie du domaine en plus des sciences en général pour sa fille, Ada. Il faut savoir que ces domaines d’études étaient inhabituels pour une femme issue de la noblesse à cette époque.

Une rencontre déterminante
Encouragée dans ses études par Mary Sommerville, une écrivaine et scientifique écossaise qu’elle a rencontrée une année plus tôt, celle-ci lui présente Charles Babbage, le 5 juin 1833. Il s’agit d’une rencontre qui sera déterminante dans notre histoire.
Qui est Charles Babbage ?
Charles Babbage est un inventeur et mathématicien britannique qui est considéré comme l’un des précurseurs de l’informatique. Sa machine analytique, si elle avait pu voir le jour et être fonctionnelle, aurait été le premier ordinateur entièrement mécanique.

En fait, il s’agissait de la seconde machine créée par Babbage, la première étant une machine différentielle, proposée en 1822 par Babbage et financée par le gouvernement britannique. Suivant le changement de projet proposé par Babbage pour la machine analytique, le gouvernement refusa de poursuivre le financement de l’évolution vers cette dernière. En bref, aucune des deux machines ne fut terminée.
Ada rattrapée par son époque
Ada se marie en 1835 avec William King-Noel, 1er comte de Lovelace, d’où son nom sous lequel nous la connaissons. Ada ayant déjà une santé fragile, elle peinera à poursuivre son travail en mathématique, malgré les encouragements de son époux.
Elle donnera naissance à trois enfants. Ses responsabilités familiales la tiendront à l’écart de ses activités mathématiques jusqu’en 1839.
Reprise de ses études mathématiques
À cette période, elle demande à Babbage de lui recommander un tuteur, qui sera le célèbre mathématicien Auguste De Morgan, cofondateur, avec George Boole, de la logique moderne, père des lois de De Morgan. Soit dit en passant, George Boole est le créateur du calcul booléen, très utilisé en informatique.
L’étude approfondie des mathématiques donnera un véritable sens à la vie d’Ada. Après quelques soucis de santé en 1841, elle reviendra aux mathématiques en 1842 et se concentrera sur la machine analytique de Babbage.
Ayant un bon niveau de français, Ada passera neuf mois à traduire une description de la machine de Babbage effectuée par un mathématicien italien, Louis-Frédéric Ménabréa, pour le compte d’une revue suisse. Cette traduction sera encouragée et enrichie par Babbage lui-même auprès d’Ada.
S’en suivit une période de travail frénétique en étroite collaboration avec Babbage. Elle finira par tripler le contenu de l’article initial de Ménabréa qu’elle avait originellement traduit.
Naissance du premier programme informatique
Au total, ce sont sept notes, de A à G, qui sont ajoutés à l’article de Ménabréa, dont la dernière, la note G qui constitue un véritable algorithme détaillé pour le calcul des nombres de Bernoulli.

À titre informatif, un algorithme est une séquence d’instructions et d’opérations qui permettent de résoudre un problème. Il s’agit essentiellement de la logique d’un programme qui sera par la suite traduit en langage informatique afin de permettre à l’ordinateur de résoudre ledit problème.
Malgré quelques controverses, aujourd’hui, nous reconnaissons à Ada Lovelace le travail acharné et la profonde connaissance des mathématiques ainsi que de la machine analytique de Babbage. Dans ses travaux, elle décrit explicitement des possibilités allant au-delà du contexte mathématique comme l’hypothèse de composition musicale élaborée de manière scientifique. Elle mentionne également dans ses notes une vision d’un calculateur universel.
Ruine et décès
Désirant financer la poursuite des travaux de Babbage, elle élaborera un système mathématique lui permettant de remporter les paris du derby d’Epsom. Malheureusement, ce système ne portera pas ses fruits, menant à un endettement important.
Ada Lovelace décède le 27 novembre 1852 d’un cancer de l’utérus au très jeune âge de 36 ans, comme quoi l’accomplissement et le talent n’attendent pas le nombre des années.
Reconnaissance posthume
Tombés dans l’oubli, ses travaux referont surface avec l’avènement de l’informatique.
Au début des années 80, le langage Ada est nommé en son honneur comme reconnaissance de la première personne programmeuse de l’histoire informatique.
Microsoft utilisera son portrait sur les hologrammes d’authentification de ses produits. L’entreprise a également un programme de formation complémentaire nommé Microsoft Research Ada Lovelace Fellowship.
La firme Nvidia a nommé son architecture graphique Ada Lovelace pour sa série de cartes graphiques RTX 4000.
L’astéroïde 232923 Adalovelace porte son nom.

L’Ada Lovelace Day est un événement annuel ayant le deuxième mardi d’octobre pour célébrer et sensibiliser aux contributions des femmes aux sciences, notamment en technologie, en ingénierie et en mathématique. Cet événement a été fondé en 2009 au Royaume-Uni par la journaliste Suw Charman-Anderson.
Voilà pour ce premier honneur à une grande dame de l’histoire des mathématiques et de l’informatique, deux domaines intimement liés.
Informatique vôtre,
Daniel Vinet