
La fin de semaine des 24 et 25 janvier derniers avait lieu un événement dédié aux vieux ordinateurs et consoles généralement destinés au public. Celui-ci se déroulait au Collège militaire à Saint-Jean-sur-Richelieu.
Votre humble auteur est allé faire un tour, question de me remémorer de vieux souvenirs de mes débuts en informatique. À ma grande surprise, j’y ai découvert des appareils dont je ne soupçonnais pas l’existence. Plongeons ensemble dans cette mode de la rétro-informatique en explorant ces surprises. Commençons avec le plus vieil appareil sur place.
Teletype LO-15
Le Teletype LO-15 est un téléscripteur (teletypewriter) qui permettait l’échange de messages via un lien téléphonique. La boîte à droite de l’appareil est le modem (modulateur – démodulateur). On y déposait le combiné et les sons émis permettaient de reconstruire, caractère par caractère, le message souhaité.
Ce modèle date des années 1950. Il était fabriqué par la firme allemande Lorenz.
Petite anecdote au passage, l’acronyme de Teletypewriter est tty. Celui-ci a été repris dans le monde Unix, puis Linux et, bien sûr, sur ordinateur Mac, ce dernier découlant du système d’exploitation (OS) Unix. La commande tty permet d’afficher le nom du fichier terminal connecté à la session active.
Le passionné qui a remis en fonction cette beauté est Adam Peacock. Vous trouverez le reconditionnement et une démonstration de l’appareil sur sa chaîne YouTube DiPot.
RCA Cosmac VIP
Commercialisé en 1977, le RCA Cosmac VIP s’adressait aux vrais passionnés de l’informatique. Vendu uniquement par la poste par la firme RCA comme une console de jeux (sic), il s’agissait essentiellement d’une unité permettant une programmation en langage machine, ce que nous appelions « key punch » à notre époque cégépienne. L’appareil pouvait être relié à un téléviseur et l’affichage était plutôt basique.
Comme vous le constatez, le clavier n’affiche que les nombres 0 à 9 et les lettres A à F, soit l’ensemble des éléments pour une composition hexadécimale. Il fallait donc entrer des instructions au format A0, 9F, 8C, etc., pour finir par avoir quelque chose de fonctionnel. Comme mentionné, ceci s’adressait aux réels passionnés.
L’appareil utilisait un processeur RCA 1802 et était doté de deux kilooctets (ko) de mémoire vive (RAM) extensible jusqu’à 32 ko à l’aide d’un module externe.
Autre petite anecdote, le processeur RCA 1802 a également été utilisé dans certaines des premières sondes spatiales inhabitées, comme Galileo et Magellan. Ce processeur était doté d’une technologie CMOS (Complementary Metal Oxide Semi-conductor) résistante aux radiations.
RCA Studio II
La RCA Studio II est une console de jeux vidéo commercialisée en 1977, soit la même année que la populaire console Atari 2600. Tout comme cette dernière, cette console introduisait le concept de cartouches à insérer dans l’appareil pour chaque jeu à jouer.
Toutefois, la RCA Studio II n’avait pas de manettes détachables, comme sa concurrente d’Atari. Les boutons que vous voyez sur la console étaient fixes, ce qui rendait la session de jeu plutôt inconfortable.
Dotée du même processeur que le précédent appareil et de 512 ko de mémoire, celle-ci s’est écoulée à 64 000 exemplaires. La production a été arrêtée en 1979.
COMX 35
Le COMX 35 est un ordinateur produit à Hong Kong par COMX World Operations Ltd. Il était également équipé du processeur RCA 1802. Il offrait un clavier standard ainsi qu’une manette de jeu intégrée à l’appareil. Celui-ci s’est vendu en Europe et en Asie. Il était peu coûteux et disposait d’une bonne bibliothèque de logiciels.
L’ordinateur était équipé de 32 ko de mémoire extensible à 67 ko, ce qui n’est pas standard, et offrait une résolution de 40 colonnes par 24 lignes.
Autre petite anecdote, pour faire planter l’appareil, il suffisait d’entrer le nombre 65535 à l’interpréteur de langage Basic comme numéro de ligne. Ce nombre représente la limite que peut contenir un octet de huit bits. Celle-ci ne semblait pas être gérée correctement par l’interpréteur.
Nabu Network
Le Nabu Network (Natural Access to Bi-directional Utilities) est un ordinateur canadien qui était fabriqué par l’entreprise Nabu Computer Technology située à Ottawa. Cet ordinateur était précurseur pour son temps.
Lancé en 1982, le Nabu devait être relié à un réseau de câblodistribution pour fonctionner. Disons qu’il se positionnait comme un réseau de type AOL (America Online), mais une année avant ce célèbre réseau américain qui a été en service de 1983 à 2003.
En plus des fonctionnalités s’apparentant à un ordinateur personnel, celui-ci permettait le téléchargement de logiciels des serveurs de Nabu via un câblodistributeur. L’appareil visait le marché familial, mais surtout éducatif.
Il était équipé d’un processeur Zilog Z80A, d’un processeur graphique (GPU) TMS9918A de la firme Texas Instruments et de 64 ko de mémoire vive.
Fait à noter, le processeur était le même qui équipait les ordinateurs de la série ZX80 de la firme britannique Sinclair Research, pour ceux qui ont connu cet appareil.
Cet ordinateur est toujours vivant grâce à des fans dont l’un était employé de l’entreprise et a créé quelques jeux pour le Nabu. Vous trouverez plus d’informations sur ces passionnés sur leur site Internet.
DEC Digital Computer Lab
Le Digital Computer Lab, produit en 1968 par la firme Digital Equipment Corporation (DEC), se voulait un ensemble éducatif pour apprendre les fondements de l’informatique. Avec plus de 3 000 ordinateurs de la famille PDP installés dans la sphère de l’éducation, DEC avait une bonne expérience dans ce monde. Ce petit laboratoire permettait aux étudiants de s’initier aux bases du monde numérique et de progresser à travers une série d’exercices.
Cet appareil est plutôt rare et j’ai trouvé peu d’information sur celui-ci. Néanmoins, je trouvais qu’il en valait le détour.
Commodore SX-64
Nous avons tous connu le Commodore 64, n’est-ce pas ? Saviez-vous que Commodore a également produit un modèle portable nommé le SX-64 ?
Équipé du processeur MOS 6510 et de 64 ko de mémoire, il intégrait un lecteur de disquette et un petit écran. Il a été en production de 1983 à 1986. J’ai fait mes premiers pas en informatique sur un Commodore 64. C’est ce qui a allumé la flamme en moi pour ce domaine.
Heathkit H89
Le H89, produit par la compagnie Heathkit, était un ordinateur qui venait en pièces détachées. L’acquéreur devait monter celui-ci pour bénéficier de son achat. Certains composants, comme la carte-mère, étaient déjà assemblés. Toutefois, le reste devait être assemblé par l’amateur.
Les pièces étaient essentiellement créées par Zenith Data System qui, plus tard, le commercialisa sous l’appellation Zenith Z-89, mais cette fois entièrement monté. L’appareil a été en production de 1979 à 1985.
L’ordinateur se présentait en une seule pièce, le clavier étant attaché à l’ensemble. Il était équipé d’un processeur Zilog Z80 et 16 ko de mémoire vive extensible à 48 ko. Il fonctionnait sur son propre système d’exploitation (OS) HDOS, mais pouvait également tourner sous CP/M (Control Program Monitor), un OS populaire avant la venue de PC-DOS et MS-DOS.
Fait cocasse, la compagnie Heathkit existe toujours et vend des appareils à monter soi-même, comme des horloges électroniques, par exemple. Vous trouverez leur site Internet ici.
VAX 11/750
Brin de nostalgie, je vous présente le VAX 11/750, produit par la compagnie DEC. Il s’agit d’un ordinateur faisant partie d’une classe qui a disparu, soit celle des mini-ordinateurs, se situant en milieu de gamme entre les ordinateurs centraux (mainframe) et l’ordinateur personnel. D’ailleurs, cette dernière classe que nous utilisons aujourd’hui avec ses serveurs a remplacé la classe des mini-ordinateurs qui n’avaient plus leur place.
Portez une attention aux cartes-mères requises pour faire fonctionner ce petit monstre. Il en fallait 5 au total (4 cartes sur la photo) :
- L0002 : Registres généraux, instructions, etc.
- L0003 : Contrôleur, mémoire cache et tampon.
- L0004 : Connecteur Unibus, horloge, circuit de piles, etc.
- L0008 : RAM et ROM particulières pour modifier le microcode.
- L0016 : Contrôleur de mémoire de huit mégaoctets (8 X 1 mb).
Je vous mentionnais un brin de nostalgie, car j’ai fait mes études au CÉGEP de Maisonneuve de 1984 à 1987 sur cet appareil. Je me souviens, lors de la visite des différentes institutions, début 1984, j’avais spécifiquement choisi Maisonneuve parce qu’ils venaient de s’équiper de cet appareil dernier cri qui remplaçait leur vieux système à cartes perforées.
Je me souviens de moi et mon groupe d’amis « nerds », nous salivions devant cet appareil qui avait une capacité, tenez-vous bien, de huit mégaoctets de mémoire ! C’était malade pour l’époque. Au sortir du CÉGEP en 1987, j’avais un ordinateur Commodore Amiga à la maison, qui disposait de la même quantité de mémoire. Comme quoi, la révolution informatique était bel et bien en marche.
Et tant d’autres appareils…
Il serait trop long de vous détailler tout ce que j’ai vu à ce festival « vintage », mais voici en vrac une liste pour les curieux et nostalgiques, comme moi :
- Apple II
- Apple Lisa
- STM Pied Piper Computer (ordinateur canadien)
- Tandy Radio-Shack TR-80
- Hewlett Packard Integral PC
- Dynalogic Corp Hyperion (ordinateur canadien)
- CZ Spectrum (Argentine)
- Talent DPC-200 (Argentine)
- Commodore Amiga 600
- Commodore PET
Informatiquement vôtre,
Daniel Vinet









