Les Grandes Dames de l’informatique – Grace Hopper

Daniel Vinet
Daniel Vinet

Dans ce second article sur les grandes dames de l’informatique, nous nous intéresserons à une autre de ces grandes figures qui ont pavé la voie de l’informatique, j’ai nommé Mme Grace Hopper.

Qui est Grace Hopper ?

De nationalité « Étasunienne », Grace Brewster Murray naît le 9 décembre 1906 à New York. Dès son jeune âge, elle s’intéresse aux mathématiques, à la physique ainsi qu’à l’économie qu’elle étudiera au Vassar College, une université privée de l’état de New York.

Elle obtient son baccalauréat en mathématique et en physique en 1928, au jeune âge de 22 ans, puis 2 ans plus tard, un master en arts.

En 1931, elle enseigne au collège tout en terminant un doctorat en mathématique à l’université Yale. En 1941, elle devient professeure agrégée au Vassar College.

Comme vous pouvez le constater, la dame est une véritable « bolle » des mathématiques!

En 1930, elle épouse Vincent Foster Hopper, un professeur de littérature de l’université de New York. Le couple n’aura pas d’enfants et divorcera en 1945. Toutefois, la dame gardera le nom sous lequel elle est connue aujourd’hui, Grace Hopper.

La carrière de Grace Hopper

En 1943, Mme Hopper s’engage dans la marine américaine. Elle sera promue au grade de lieutenant et sera affectée dès 1944 au Bureau of Ordnance Computation Project de l’université Harvard.

Mme Hopper fera partie de l’équipe d’Howard Aiken, informaticien et ingénieur principale de l’ordinateur Harvard Mark I.

L’automatic Sequence Controlled Calculator (ASSC), mieux connu sous le nom Mark I à l’université d’Harvard, fut le premier grand calculateur numérique construit aux États-Unis. Il est considéré comme l’un des premiers calculateurs universels avec ceux construits en Allemagne par Konrad Zuse, dont le Z3 achevé en 1941.

Vous vous souvenez sûrement de la réflexion de Mme Lovelace dans mon article précédent au sujet d’un calculateur universel. Eh bien, nous y sommes à cette période de 1941-44, soit 100 ans plus tard.

Une partie de l’ordinateur Harvard Mark I (Image : Wikipédia)

Grace Hopper sera l’une des trois personnes à apprendre la programmation sur cet ordinateur.

Fin de la Seconde Guerre mondiale

À la fin de la guerre, Mme Hopper quittera le service actif de la marine, mais poursuivra son travail de développement des ordinateurs Mark II et Mark III pour le laboratoire informatique d’Harvard.

Changement de carrière

En 1949, elle passe au privé et elle est employée par la Eckert-Mauchly Computer Corporation (EMCC) et rejoint l’équipe développant l’Universal Automatic Computer I, mieux connu sous le nom d’UNIVAC. Celui-ci sera le premier ordinateur commercialisé aux États-Unis.

Console UNIVAC et les équipements le composant

En ce qui concerne la compagnie EMCC, celle-ci sera vendue à Remington Rand en 1950, qui fusionnera avec Sperry Corporation en 1955. Celle-ci fusionnera à nouveau en 1986 avec Burroughs Corporation, célèbre fabricant d’ordinateurs centraux (mainframe) des années 60 dont la fondation remonte à 1886 avec ses « additionneuses » (Addiator). L’entreprise est toujours en affaires aujourd’hui sous le nom d’Unisys, firme bien connue dans le monde informatique.

Petite anecdote personnelle concernant l’additionneuse Addiator, j’ai encore celle qu’utilisait mon grand-père à son travail. Disons qu’elle a du vécu. La voici :

Les créations de Mme Hopper

Pour en revenir à notre protagoniste, suivant l’acquisition d’EMCC par Remington Rand, Grace Hopper poursuivra son travail et concevra le premier compilateur pour l’UNIVAC I, nommé A-0 System (Arithmetic Language version 0).

À titre informatif, un compilateur est un logiciel qui transforme un programme rédigé dans un langage de programmation plus près de la compréhension humaine, vers un code natif compréhensible par la machine.

Pour vous donner une idée, la grande majorité des applications et des systèmes d’exploitation que nous utilisons sont des programmes qui ont été rédigés, disons par exemple en langage C++, puis compilés en langage machine que l’ordinateur exécutera très rapidement. Le A-0 System constitue le premier compilateur de l’histoire informatique.

En 1955, Grace Hopper invente le langage FLOW-MATIC aussi appelé B-0 pour Businesss Langage Version 0. Il s’agit du premier langage de traitement électronique de données. Celui-ci constitue le premier langage de programmation plus près de l’anglais que de la machine. La création de FLOW-MATIC découle des commentaires reçus du monde des affaires qui avaient des difficultés avec la notation mathématique et qui désirait une programmation plus près de leur réalité.

À partir de 1957, Mme Hopper travaillera pour IBM où elle défend l’idée qu’un programme devrait pouvoir être écrit dans un langage proche de l’anglais plutôt que d’être calqué sur le langage machine. Tantôt, je vous parlais de compilateur d’un langage de programmation plus près de l’humain vers un langage plus près de la machine. À cette époque, disons que les programmeurs devaient développer des programmes plus près de la machine que de l’humain.

Création du langage Cobol

C’est ainsi qu’en 1959, Grace Hopper présentera le fruit de son travail, le langage Cobol, acronyme de Common Business Oriented Language. Il s’agit d’un langage dédié au développement d’applications de gestion. Celui-ci sera grandement inspiré de son invention précédente, le langage FLOW-MATIC.

Cobol sera présenté au Pentagone en mai 1959 par le Short Range Committee. Le but de ce comité était de présenter des recommandations pour un langage informatique commun, indépendant des six constructeurs d’ordinateurs, et visant la gestion et l’administration américaine.

À cette période, les “Big six” étaient Burroughs Corporation, IBM, Minneapolis-Honeywell, RCA, Sperry Rand et Sylvania Electric Products. Disons que c’était les GAFAM de l’époque.

Pour vous donner une idée du langage, voici la version Cobol du fameux programme « Hello World », premier programme que tout développeur fera lors de l’apprentissage d’un langage de programmation. Ceci me rappel mes années de CÉGEP où j’y ai étudié le Cobol durant une année et demi :

Le langage Cobol occupera une place très importante dans le monde des affaires et le monde bancaire. Encore aujourd’hui, il existe des monstres de programmes développés en Cobol qui tournent toujours. Certains de ces programmes sont difficiles à remplacer en raison de leur complexité, mais surtout par leur fiabilité.

Par exemple, je peux vous dire qu’au ministère de la Justice du Québec, les données de causes sont toujours sur ordinateurs centraux et les applications pour y accéder sont en Cobol. Celles-ci sont en cours de remplacement via divers projets de modernisation.

Par ailleurs, selon l’indice Tiobe (The Importance of Being Earnest, d’une pièce d’Oscar Wilde), indice qui mesure la popularité des langages de programmation basée sur le nombre de pages Web retournées par les principaux moteurs de recherche, le Cobol se situe au 22e rang de popularité en date de février 2026.

Fin de carrière et retour à la Navy

Conformément au règlement en vigueur en 1966, Grace Hopper doit quitter la marine après avoir atteint l’âge de 60 ans, mais elle est rappelée l’année suivante.

Au cours des années 1970, elle travaillera à l’établissement de normes pour les langages Cobol et Fortran (Formula Translator), ce dernier dédié au monde de la science. Au final, Grace Hopper restera dans la marine jusqu’en 1986.

Grace Hopper en 1984 (Image : Wikipédia)

Jusqu’à son décès en 1992, Mme Hopper est employée comme consultante externe par la firme Digital Equipment pour des conférences sur les débuts de l’informatique.

Grace Hopper s’éteint à l’âge de 86 ans. Elle est inhumée avec les honneurs militaires au cimetière national d’Arlington.

Distinctions et hommages

Les honneurs ne manquent pas pour Grace Hopper. Voici les plus marquants :

Anecdote

Bien qu’elle ne fût pas présente lors de l’événement, son équipe avait découvert un insecte logé dans l’ordinateur Mark II qu’ils utilisaient. Cet événement popularisa le terme « bug » bien connu dans l’univers informatique.

Rendons hommage à Grace Hopper, auteure du premier compilateur et du langage de programmation Cobol, qui sont des jalons majeurs de l’histoire informatique.

Informatique vôtre,

Daniel Vinet

4 réflexions sur « Les Grandes Dames de l’informatique – Grace Hopper »

  1. Un autre article super intéressant de Daniel.
    Et quel sujet : Grace Hopper, une des figures les plus prolifiques du monde informatique. Une génie !

  2. Chapeau encore 1 fois Daniel, pour cette chronique très étoffée sur cette grande dame méconnue, à qui l’informatique doit beaucoup.
    Je suis impressionnée par le fait que tu possèdes encore la calculatrice de ton grand-père.
    Je suis également surprise d’apprendre l’origine du temre « bug » (bogue) informatique.

  3. Super intéressant, il me faudra relise ‘The importance of being earnest’.
    Quand science et ‘human interest’ font corps!

  4. Merci, intéressant!

    Lors de mes cours d’introduction a l’ÉTS , un des enseignants fondateurs, croyais que l’ordinateur analogique aurait eu plus de succès que digital. Ça pourrait faire partie d’un article intéressant si ça eu un début commercial/industriel. Je comprends que la version digitale est plus facile à comprendre et développer que la version analogique, demandant des mathématiques plus complexes que sur une base hexadécimal.
    Merci de vos partages.

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