Les femmes et l’informatique – partie 1

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Les femmes et l’informatique

(première partie)

Madeleine Mayer, avec la précieuse collaboration 

de Danielle Charest et de Diane Jutras

En science, la méthode expérimentale tente de transcender la subjectivité du chercheur. Elle y parvient pour ce qui est de l’observation des faits (et encore? l’œil averti du chercheur, si objectif soit-il, est imprégné de tout son savoir, son intuition, son ouverture ou de son absence) qui doit être répliquée telle quelle si on veut accéder au statut de constat scientifique. Tenant compte du fait, évidemment, de la mise en garde de la physique quantique, l’observé se sait observé par l’observateur et biaise ainsi une observation qui se voulait objective!

Alors que dire de l’interprétation des faits? Le sujet (le scientifique) peut-il obnubiler ses travers et ses émotions? Compétition féroce, prix Nobel convoité, ou plus trivialement, subvention, budget de recherche, emploi, salaire espérés; un enfant malade ou délinquant, en pleine crise d’adolescence, la colère ou le mépris pour un collègue qui le supplante, l’andropause… Que sais-je encore?

Vouloir à tout prix arriver à confirmer l’hypothèse à laquelle on s’accroche comme à une bouée, jusqu’à en tripoter les résultats, est-il une pratique courant? La liste des fraudes s’allonge : voir à ce sujet La Souris truquée de William Broad et de Nicholas Wade, chez Seuil, dans la collection Points. Même si cet ouvrage date de 1994, il nous donne un bon aperçu des possibilités de falsifications savantes.

Qu’en est-il alors des sciences dites molles, les humaines? Où la matière humaine, égale à elle-même, est en constante mutation et en plus, soumise à l’émotion et à l’affect. Terrain mouvant, mais non vaseux. Conscients des risques, glissons-y un pied, à défaut d’y jeter un œil.

Les faits, les faits, les faits nous amènent d’abord à respecter la confirmation empirique. Ainsi rien ne prouve scientifiquement l’efficacité de l’acupuncture. Les faits, les faits, les faits, c’est-à-dire les millions de cobayes, dont vaches, cochons, chevaux et tout-petits de l’homme qui en bénéficient depuis des millénaires. Empirisme convainquant, même si votre belle-sœur n’y « croit » pas et ne répond pas positivement aux intrusions du hérisson. Il n’y a pas lieu ici de s’aventurer dans l’impressionnante étude sur le placebo et le nocebo, mais que ce ne serait que de cet ordre, on apprendrait que vaches, cochons, chevaux apprécient que l’on s’occupe d’eux, tout comme les tout-petits de l’homme.

Revenons à notre science molle et à l’étude de Susan Pinker (Le sexe fort n’est pas celui qu’on croit, les éditions Transcontinental) qui me servira de lunette pour analyser des données concernant notre sujet annoncé, mais pas encore approché. Une seule référence, est-ce bien sérieux? Sa bibliographie est abondante et bien documentée. Le Web serait-il plus fiable? En tant que dinosaure intellectuel, j’oserais dire NON, même à des lecteurs et lectrices d’un club informatique. N’affirme-t-on pas, haut et fort, que n’importe qui peut écrire n’importe quoi sur le Web? Preuve à l’appui, cet article. N’a-t-on pas reproché, souvent et à raison, au site Wikipédia de ne pas contrôler ses informations? Il y a certes, maintenant, un avertissement, mais j’ai eu la surprise dernièrement d’apprendre que Guy Corneau était né en 1948 et en 1951, à une ligne d’intervalle. Miracle de la nature ou accouchement difficile? Depuis, la correction a été apportée. Honnêteté intellectuelle oblige, je reconnais qu’ont été publiés (papier) des résultats de recherches comportant des erreurs, voire des fraudes. Rien n’est parfait, assumons donc la nécessité d’être critique, d’exiger les nomenclatures bibliographique et biographique et surtout, puisons à des sources variées.

Vous vous doutez bien que si mon préambule n’en finit pas de préambuler, que si je tricote des rangs supplémentaires à mes gants blancs à chaque mot ajouté, c’est que le sujet n’est pas banal. Il attise, avive, exacerbe passions et exaspérations pour ne pas dire égarements, mépris et ostracisme. Bon, nous sommes bien situés, voire avertis. Sautons dans le vide.

Cet article vous est offert grâce à la collaboration précieuse de Danielle Charest et de Diane Jutras, qui, au printemps dernier, avaient entamé de laborieuses et d’audacieuses recherches sur un sujet pas neutre du tout : la profession d’informaticienne. Avec une intention élargie : la présence ou l’absence des femmes dans l’univers des sciences dites dures. Elles m’ont, aimablement et en toute confiance, livré le fruit de leurs recherches. Des chiffres, des statistiques et des absences de… aussi, faute de réponse des sources contactées qui ne veulent surtout pas être identifiées. Bref, des faits, des faits, des faits à qui l’on peut faire dire n’importe quoi, car nul besoin de vous le rappeler, dans toute analyse et toute interprétation se glisse la position idéologique de l’auteur. C’est cet aspect, vous le comprendrez, qui m’a attirée. Je vous transmettrai, dans un premier temps, les faits, les faits, les faits dits objectifs puisqu’ils sont le portrait de la réalité, c’est-à-dire la réelle présence des femmes dans le monde de l’informatique et dans certaines sciences. J’y ajouterai les faits, les faits et les faits transmis par Susan Pinker (Le sexe fort n’est pas celui qu’on croit). Puis, je vous présenterai ma saisie tout à fait subjective de l’interprétation que Susan Pinker et quelques autres en donnent. Et vous en ferez ce que vous jugerez bon d’en faire.

À suivre…