La désinformation dans les opérations d’influence représente une menace réelle

mmnRichard Gervais

La désinformation est un sujet d’actualité qui touche toute la société. Elle nuit, entre autres, à l’éradication de la pandémie de COVID-19. La négation de l’existence du virus, la contestation des mesures sanitaires et les mouvements anti-vaccin ont des impacts réels sur la santé publique.

Avant d’aller plus loin, il faut définir ce que sont les opérations d’influence et la façon dont la désinformation s’inscrit dans celles-ci. Ces procédés représentent une menace réelle pour notre sécurité collective. Le présent article vous rappellera que vous devez agir de façon responsable lorsque vous partagez des informations sur les réseaux sociaux avec votre ordinateur.


Information et communication

Le dictionnaire Larousse définit ainsi l’information :

    • « action d’informer quelqu’un, un groupe, de le tenir au courant des événements; [ … ]
    • tout événement, tout fait, tout jugement porté à la connaissance d’un public plus ou moins large, sous forme d’images, de textes, de discours, de sons;
    • nouvelle communiquée par une agence de presse, un journal, la radio, la télévision. »

Il est quand même comique que le dernier point ne mentionne ni l’Internet ni les médias sociaux comme véhicule d’information. Une petite mise à jour serait la bienvenue.

Le partage de l’information est le domaine de la communication.


Départager le vrai du faux

Il n’est dit nulle part dans la définition précédente que l’information doit nécessairement être vraie. L’arrivée d’Internet et des médias sociaux a dilué le sens du mot « vérité ». Dans son mémoire de maîtrise, Laurence Grondin Robillard mentionne :

« Face à la multiplication des sources d’informations, mais aussi à cette dynamique de polarisation sur les [médias sociaux], l’une des conséquences est un problème généralisé à s’entendre sur ce qui est vrai ou faux. [ … ]

L’utilisateur de [médias sociaux] se retrouve dans une situation où il ne reçoit que des opinions d’un seul type, celles analogues aux siennes, ce qui renforce la légitimité de ses convictions, et où il n’arrive plus à distinguer le vrai du faux. L’individu se situe alors dans une situation de post-vérité (post-truth). »

L’arrivée de Donald Trump à la présidence américaine a été symptomatique de cet univers de mensonges éhontés. Il continue toujours de prétendre que l’élection de novembre 2020 lui a été volée, ce qui mine le fondement même de la démocratie chez nos voisins.


Mésinformation et désinformation

La désinformation est bien définie dans la version anglaise de Wikipédia et voici une traduction partielle :

« N’apparaissant pas dans les dictionnaires avant la fin des années 1980, le mot désinformation est une traduction du mot russe dezinformatsiya.

Tandis que la mésinformation fait référence à des inexactitudes qui découlent d’une erreur, la désinformation est un mensonge délibéré promulgué à dessein. » (Traduction libre)


Articles antérieurs du CHIP

La désinformation a déjà été mentionnée sur ce blogue dans le contexte :


Opérations d’influence

Un rapport de mai 2021 publié par Facebook mentionne :

« Au cours des quatre dernières années, l’industrie, le gouvernement et la société civile ont œuvré pour bâtir notre réponse collective aux opérations d’influence (OI), que nous définissons comme des ‘efforts coordonnés pour manipuler ou corrompre le débat public pour un objectif stratégique.’ » (Traduction libre)

Ces opérations d’influence ne sont pas seulement le fruit du travail de pirates ou d’escrocs isolés. Des acteurs étatiques peuvent les commanditer en sourdine, comme les services secrets russes ou nord-coréens. Le tissu social de l’ennemi est visé en y semant la controverse et la confusion. Ces nouvelles formes de guerre larvée se combattent sur le front informatique avec des armes de désinformation.


Suppression d’opérations d’influence chez Facebook

L’entreprise Facebook a été vertement critiquée pour avoir laissé les services secrets russes s’ingérer dans l’élection américaine de 2016 en favorisant Donald Trump. Des enquêtes internes ont été menées dans cette entreprise depuis ce temps, comme expliqué ici :

« Cependant, lorsqu’une menace extérieure dissimule son identité par un comportement trompeur, le public n’aura pas assez d’information pour juger à qui il a affaire, quelle est la fiabilité du contenu ou quels sont les buts visés. ( … )

C’est pourquoi, de 2017 jusqu’au milieu de 2021, nous avons démantelé et rendu public plus de 150 opérations d’influence secrètes qui ont violé notre politique contre le comportement inauthentique coordonné. Elles proviennent de plus de 50 pays du monde entier et elles ont ciblé le débat public aux États-Unis et à l’étranger. » (Traduction libre)

Toujours dans la même référence, le comportement inauthentique coordonné (CIC) est défini comme :

« Il s’agit d’un sous-ensemble des opérations d’influence : tout réseau coordonné de comptes, pages et groupes qui repose principalement sur de faux comptes afin de tromper Facebook et les personnes utilisant nos services quant à l’identité de ses propriétaires et de ce qu’ils font. » (Traduction libre)


Pays à l’origine du comportement inauthentique coordonné et leurs victimes

Bien que Facebook ait tenté de supprimer les groupes générant du comportement inauthentique ciblé, il est fort probable que la démarche ait été incomplète. Toutefois, la figure sous ce paragraphe nomme les principaux pays qui ont été identifiés. Sans grande surprise, la Russie est championne dans ce domaine.

Lorsqu’un pays étranger en vise un autre, il s’agit d’une attaque internationale. Par exemple, dans la figure suivante, les États-Unis ont été ciblés à 26 reprises entre 2017 et 2021.

Finalement, une attaque intérieure peut être faite au sein d’un même pays, comme le montre la figure ci-dessous. Compte tenu des désordres dont le Myanmar (Birmanie) fait l’objet à la suite du récent coup d’État militaire, il n’est pas surprenant de retrouver ce pays en tête de liste des attaques intérieures.


Conclusion

L’entreprise Facebook a fait fortune en laissant pendant longtemps ses utilisateurs mettre en ligne à peu près ce qu’ils voulaient. Cette liberté rimait avec des profits énormes puisque le coût de la surveillance était minimal. Certains acteurs étrangers ont investi ce réseau social afin de manipuler l’opinion américaine, comme on l’a vu en 2016. Les politiciens de ce pays ont alors menacé de réglementer Facebook et cette entreprise a été obligée de nettoyer un peu sa plateforme depuis 2017.

Les pays totalitaires peuvent imposer leurs idéologies par la force à l’intérieur de leurs contrées; les élections y sont souvent des mises en scène sans crédibilité. Les pays démocratiques acceptent la multiplicité des points de vue, ce qui peut amener une discussion constructive. Toutefois, ce dialogue doit reposer sur un consensus quant à la définition de la vérité. La validité des élections pour élire nos gouvernements est basée cette supposition.

Lorsque l’espace social est corrompu par la désinformation, il devient impossible de tenir une discussion rationnelle puisque les adversaires ne peuvent même plus s’entendre sur la définition de ce qui est vrai ou faux. Les opérations d’influence gangrènent donc la vie démocratique.

Il est évident que certains acteurs internationaux veulent nuire à des pays rivaux par tous les moyens. Ce genre de guerre non déclarée peut conduire à des dérapages dangereux, allant même jusqu’à des conflits armés.

Vous avez une responsabilité sociale lorsque vous utilisez votre ordinateur. Je vous recommande donc d’être prudents sur les réseaux sociaux et ne pas encourager la désinformation parmi votre famille et vos amis. Pour citer les Nations-Unies :

Richard Gervais

11 réflexions sur « La désinformation dans les opérations d’influence représente une menace réelle »

  1. Si les gens sont avertis par une fenêtre contextuelle de réfléchir avant de partager une information, ils partagent moins de faussetés. ->

    Jigsaw and MIT have published a new study that proves sharing misinformation can be thwarted with a simple UX fix.

    https://www.fastcompany.com/90643407/google-and-mit-prove-social-media-can-slow-the-spread-of-fake-news

    ***

    On peut aussi se servir de Décodex, un service du journal Le Monde ->
    https://www.lemonde.fr/verification/

  2. Bonjour M. Gervais, merci pour ces conseils de mise en garde sur ce que nous lisons et véhiculons sur les réseaux sociaux. Votre documentaire est très d’actualité. On n’ait jamais trop prudent!
    Excellent travail de recherche. Bravo.
    Murielle Dupont

  3. C’est un sujet important qui mérite l’attention de l’éditeur du CHIP.

    Au nom de la démocratie, et aux Etats Unis du premier amendement de leur constitution, on défend la liberté d’opinion. Mais on se tire dans le pied en permettant l’expression d’opinions par des gens qui ne savent pas de quoi ils parlent, ou encore qui le savent mais veulent manipuler les autres.

    Les experts ont le droit d’avoir des opinions parce qu’ils n’ont pas en principe de désaccords infondés. Les autres peuvent essayer, mais ils ont intérêt à avoir de bonnes sources d’information. Il y en a beaucoup sur le Web, gratuites en plus, mais pour les trouver et les comprendre, il faut avoir le temps pour cela, un bon jugement et une bonne base de connaissances.

    Nous pouvons améliorer notre jugement en s’informant à propos des biais cognitifs et en apprenant à les reconnaître quand ils influencent notre jugement. Merci à ceux qui utilisent tout cela à bon escient, notamment monsieur Gervais. Cela récompense les efforts de ceux qui rendent publique de l’information d’intérêt public.

    Voici un complément d’information à propos des biais cognitifs -> http://www.psychomedia.qc.ca/categorie/1127

  4. Merci M. Gervais de nous aider à réfléchir sur ce sujet délicat et pourtant d’importance primordiale pour nous aider à baliser l’utilisation des réseaux sociaux.

  5. Merci pour vos nombreux messages bien rédigés et fouillés; ils sont intéressants et appréciés.

    André Gallant

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